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Frais de Succession Nue-Propriété : Qui Paie Quoi ?

Frais de Succession Nue-Propriété : Qui Paie Quoi ?

Vous héritez d’un bien en nue-propriété et vous vous demandez ce que cela implique pour vos finances ? Qui doit payer les droits de succession ? Comment sont-ils calculés exactement ?

Cet article vous donne les réponses claires. Vous trouverez le barème officiel utilisé par l’administration fiscale et une méthode simple pour calculer précisément les frais de succession sur la nue-propriété, avec des exemples pour tout comprendre.

Barème Fiscal 2025 : Valeur de l’Usufruit et de la Nue-Propriété

Le calcul des droits de succession repose sur un principe simple : la valeur de la nue-propriété dépend directement de l’âge de l’usufruitier au moment du décès. Plus l’usufruitier est jeune, plus son droit d’usage est estimé durer longtemps, et donc plus la valeur de l’usufruit est élevée. Inversement, la valeur de la nue-propriété est plus faible.

Cette répartition est fixée par l’article 669 du Code Général des Impôts (CGI). C’est ce barème fiscal que l’administration utilise pour déterminer la base taxable sur laquelle vos frais seront calculés. Il n’y a pas de négociation possible, c’est une règle fixe.

Âge de l’usufruitier Valeur fiscale de l’usufruit Valeur fiscale de la nue-propriété
Moins de 21 ans révolus 90 % 10 %
Moins de 31 ans révolus 80 % 20 %
Moins de 41 ans révolus 70 % 30 %
Moins de 51 ans révolus 60 % 40 %
Moins de 61 ans révolus 50 % 50 %
Moins de 71 ans révolus 40 % 60 %
Moins de 81 ans révolus 30 % 70 %
Moins de 91 ans révolus 20 % 80 %
Plus de 91 ans révolus 10 % 90 %

Qui Paie les Droits de Succession : le Principe Clarifié

Dans une succession avec démembrement de propriété, les rôles sont très clairs. Le nu-propriétaire est le seul à payer des droits de succession. Ces droits sont calculés uniquement sur la valeur de la part qu’il reçoit : la nue-propriété.

L’usufruitier, qui est souvent le conjoint survivant, ne paie rien sur la valeur de l’usufruit qu’il reçoit ou conserve. En France, le conjoint ou partenaire de PACS survivant est totalement exonéré de droits de succession, que ce soit sur un usufruit ou une pleine propriété. Il n’a donc aucune taxe à payer sur ce droit d’usage du bien.

Le cas des autres héritiers usufruitiers

Si l’usufruitier n’est pas le conjoint survivant (par exemple, un frère, une sœur ou une autre personne désignée par testament), il devra payer des droits de succession. Ces droits seront alors calculés sur la valeur de son usufruit, déterminée par le barème fiscal vu plus haut.

Mais le cas le plus courant reste celui du conjoint survivant qui récupère l’usufruit du domicile familial. Dans cette situation, la règle est simple :

  • L’usufruitier (conjoint) ne paie rien.
  • Le nu-propriétaire (souvent les enfants) paie tout, mais uniquement sur la valeur de la nue-propriété.
💡 À retenir : Le démembrement de propriété (usufruit nue-propriété) est une technique qui permet de réduire les droits de succession. En ne taxant que la valeur de la nue-propriété, qui est inférieure à la valeur en pleine propriété, l’impôt à payer pour les héritiers est plus faible.

Calcul des Frais de Succession en Nue-Propriété : Exemple Concret en 3 Étapes

Pour bien comprendre le mécanisme, rien de mieux qu’un exemple chiffré. Prenons une situation fréquente : un père décède et laisse derrière lui son épouse et un enfant. Le patrimoine successoral comprend une maison estimée à 400 000 €.

Selon le testament ou la loi, la mère (l’épouse survivante) reçoit l’usufruit de la maison, et l’enfant en devient le nu-propriétaire. Au moment du décès du père, la mère est âgée de 75 ans. Voyons ensemble comment calculer les droits que l’enfant devra payer.

Étape 1 : Déterminer la valeur de la nue-propriété

La première chose à faire est de consulter le barème fiscal. L’usufruitière a 75 ans. On se place donc dans la tranche « Moins de 81 ans révolus ».

  • La valeur de l’usufruit est de 30 %.
  • La valeur de la nue-propriété est donc de 70 %.

On applique ce pourcentage à la valeur totale du bien immobilier. C’est ce qu’on appelle la base taxable, c’est-à-dire le montant sur lequel l’impôt sera calculé.

Le calcul est le suivant : 400 000 € (valeur de la maison) x 70 % (valeur de la nue-propriété) = 280 000 €. La base taxable pour l’enfant est de 280 000 €.

Étape 2 : Appliquer l’abattement fiscal

L’administration fiscale accorde des abattements, c’est-à-dire des sommes qui sont déduites de la base taxable avant le calcul de l’impôt. Le montant de cet abattement dépend du lien de parenté entre le défunt et l’héritier.

Pour un enfant qui hérite de son parent (père ou mère), l’abattement est de 100 000 €. Cet abattement se renouvelle tous les 15 ans en cas de donation, mais il s’applique pleinement lors d’une succession.

On soustrait donc cet abattement de la valeur de la nue-propriété :

  • 280 000 € (valeur de la nue-propriété) – 100 000 € (abattement) = 180 000 €.

L’enfant sera donc imposé sur une somme de 180 000 €, et non sur les 280 000 €.

Attention : Si l’enfant a déjà reçu une donation de son père il y a moins de 15 ans, l’abattement de 100 000 € a peut-être déjà été utilisé en partie ou en totalité. Dans ce cas, il faut déduire uniquement la part restante de l’abattement.

Étape 3 : Appliquer le barème d’imposition

La dernière étape consiste à appliquer le barème progressif des droits de succession sur le montant restant. Ce barème fonctionne par tranches, avec un taux d’imposition qui augmente avec le montant.

Voici le barème applicable pour une succession en ligne directe (parent-enfant) :

Part taxable (après abattement) Taux d’imposition
Jusqu’à 8 072 € 5 %
De 8 073 € à 12 109 € 10 %
De 12 110 € à 15 932 € 15 %
De 15 933 € à 552 324 € 20 %
De 552 325 € à 902 838 € 30 %
De 902 839 € à 1 805 677 € 40 %
Plus de 1 805 677 € 45 %

Appliquons ce barème à nos 180 000 € :

  • Tranche 1 (jusqu’à 8 072 €) : 8 072 € x 5 % = 403,60 €
  • Tranche 2 (de 8 073 € à 12 109 €) : (12 109 – 8 072) € x 10 % = 4 037 € x 10 % = 403,70 €
  • Tranche 3 (de 12 110 € à 15 932 €) : (15 932 – 12 109) € x 15 % = 3 823 € x 15 % = 573,45 €
  • Tranche 4 (de 15 933 € à 180 000 €) : (180 000 – 15 932) € x 20 % = 164 068 € x 20 % = 32 813,60 €

On additionne ensuite le montant de chaque tranche pour obtenir l’impôt total :

403,60 € + 403,70 € + 573,45 € + 32 813,60 € = 34 194,35 €.

💡 Résultat du calcul : Pour hériter de la nue-propriété d’une maison de 400 000 €, avec une mère usufruitière de 75 ans, l’enfant devra payer environ 34 194 € de droits de succession. Sans le démembrement de propriété, il aurait été taxé sur 400 000 € (moins l’abattement), ce qui aurait représenté un impôt de 58 194 €, soit 24 000 € de plus.

Les Autres Frais à ne pas Oublier : Frais de Notaire

Les droits de succession ne sont pas les seuls frais à prévoir. Il faut aussi régler les frais de notaire, qui sont obligatoires pour régler une succession comprenant un bien immobilier. Ces frais, appelés émoluments, sont réglementés par l’État.

Le point important à comprendre est que les frais de notaire sont calculés sur la valeur en pleine propriété du bien, et non sur la seule valeur de la nue-propriété. Le notaire engage sa responsabilité sur la totalité de l’acte et de la valeur du patrimoine transmis.

Comment sont calculés les émoluments du notaire ?

Les émoluments sont, comme les droits de succession, calculés par tranches sur la valeur totale de l’actif successoral. En reprenant notre exemple de la maison à 400 000 €, le calcul serait basé sur cette somme.

Voici le barème des émoluments du notaire pour une attestation de propriété :

  • De 0 € à 6 500 € : 1,935 % HT
  • De 6 501 € à 17 000 € : 1,064 % HT
  • De 17 001 € à 30 000 € : 0,726 % HT
  • Au-delà de 30 000 € : 0,532 % HT

À cela s’ajoutent la TVA (20 %), les débours (sommes avancées par le notaire pour les documents administratifs) et les droits d’enregistrement. Au total, les frais de notaire représentent généralement entre 1% et 2% de la valeur totale du bien immobilier.

Qui paie les frais de notaire ? Sauf accord contraire, les frais de notaire sont généralement partagés par tous les héritiers, chacun en proportion de la part qu’il reçoit dans la succession. L’usufruitier et le nu-propriétaire devront donc tous les deux contribuer.

FAQ : Vos Questions sur la Succession en Nue-Propriété

Le démembrement de propriété soulève souvent des questions pratiques. Voici les réponses aux interrogations les plus courantes.

Que se passe-t-il au décès de l’usufruitier ?

C’est le principal avantage du démembrement. Au décès de l’usufruitier, l’usufruit s’éteint automatiquement. Le nu-propriétaire récupère la pleine propriété du bien sans aucune démarche complexe et, surtout, sans payer de droits de succession supplémentaires. C’est une reconstitution « gratuite » de la pleine propriété. Il suffit de fournir au notaire l’acte de décès pour qu’il établisse une attestation de propriété.

Qui paie la taxe foncière et les grosses réparations ?

La répartition des charges est fixée par la loi :

  • L’usufruitier, qui a la jouissance du bien, doit payer les charges courantes. Cela inclut la taxe foncière et la taxe d’habitation (si elle est encore applicable). Il doit aussi prendre en charge les réparations d’entretien (peinture, plomberie…).
  • Le nu-propriétaire est responsable des grosses réparations. Il s’agit des travaux qui touchent à la structure du bâtiment : réfection de la toiture, ravalement de la façade, changement des murs porteurs, etc. (articles 605 et 606 du Code civil).

Le nu-propriétaire peut-il différer le paiement des droits de succession ?

Oui, c’est une option possible. Le nu-propriétaire, qui ne perçoit aucun revenu du bien, peut demander un paiement différé des droits de succession. Il pourra alors régler l’impôt au moment du décès de l’usufruitier, lorsqu’il récupère la pleine propriété et peut vendre le bien ou percevoir des loyers. Il est même envisageable de louer votre propriété pour des tournages afin de financer ces frais. Cette option n’est pas gratuite : l’administration fiscale applique des intérêts sur la somme due. L’héritier doit fournir une garantie de paiement (comme une hypothèque sur le bien).

Peut-on vendre un bien en démembrement de propriété ?

Oui, mais l’accord de l’usufruitier et du nu-propriétaire est indispensable. Aucun ne peut vendre sans l’autre. Si la vente se fait, le prix de vente est réparti entre eux selon le même barème fiscal basé sur l’âge de l’usufruitier au moment de la vente. Par exemple, si l’usufruitier a 75 ans, il touchera 30% du prix et le nu-propriétaire 70%.

Comment est calculée la plus-value en cas de vente ?

La plus-value immobilière est calculée séparément pour l’usufruitier et le nu-propriétaire. Chacun est imposé sur la différence entre le prix de vente de son droit (usufruit ou nue-propriété) et la valeur de ce même droit au moment où il l’a reçu (lors de la succession). Si le bien vendu était la résidence principale de l’usufruitier, sa part de la plus-value sera totalement exonérée.

Le nu-propriétaire, lui, sera généralement imposé, sauf s’il bénéficie d’abattements pour durée de détention.


La gestion d’une succession en usufruit et nue-propriété est plus simple qu’il n’y paraît. Le point essentiel à retenir est que le calcul des frais de succession repose sur l’âge de l’usufruitier, et que seul le nu-propriétaire paie cet impôt sur la valeur de la part qu’il reçoit.

Anticiper la transmission de son patrimoine, par une donation avec réserve d’usufruit par exemple, est une stratégie efficace pour optimiser la fiscalité. Une démarche d’optimisation immobilière permet aussi de réaliser des économies substantielles lors d’un achat. Pour une analyse de votre situation personnelle, il est toujours conseillé de se rapprocher d’un notaire qui pourra vous guider dans vos décisions. Il vous aidera à faire les bons choix pour protéger votre patrimoine et vos héritiers.

Julien

Julien

Expert juridique passionné, partageant conseils et analyses pour vous aider à comprendre vos droits.